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À l’âge précoce de 16 ou 18 ans1, l’ecclésiastique
féru de droit, de lettres classiques et de théologie, Etienne de la Boétie,
rédigea un texte majeur de la philosophie politique, repris à travers les âges,
le Contr’un ou Discours de la servitude volontaire. Selon l’écrivain
Jacques-Auguste de Thou, c’est face à la brutalité de la répression d’une
révolte antifiscale en Guyenne en 1548 que La Boétie décide de traduire le
désarroi de l’élite cultivée devant la réalité de l’absolutisme. Il s’agit d’un
essai de psychologie politique dont la thèse centrale est que la tyrannie tire
tout son pouvoir du consentement permanent des personnes qu’elle asservit. Ce plaidoyer
vibrant pour la liberté est publié d’abord par fragments en latin en 1574 puis
une version intégrale en français parait en 1576. L’extrait que nous allons
étudier se situe au début du texte, après l’explication de l’auteur que la
servitude n’existe que parce qu’elle est volontaire. Notre passage est
particulièrement pertinent car La Boétie nous y expose sa conception de la
nature humaine qui est très importante pour enraciner son entendement de la
liberté et les conséquences politiques qui en découlent.

 

 

Dès la première phrase (1-4), La Boétie nous présente les trois éléments
majeurs de cet extrait et la thèse sur laquelle il le clora : la servitude de
l’homme est contre l’état de nature. L’ami proche de Montaigne accorde beaucoup
d’importance à la famille, qu’il considère comme une société fondamentalement
naturelle, et c’est en raison de cela qu’il fait de l’obéissance aux parents
une partie fondamentale du passage. Il est intéressant de remarquer que La
Boétie voit la nature comme « ministre de Dieu » (12) et attribut
donc aux choses qu’il qualifie de “naturel”
une sanction divine. Il ne consacre que les lignes 4 et 5 à l’obéissance aux
parents, estimant qu’elle ne nécessite aucune argumentation parce qu’elle est
un fait indéniable dont chacun a fait l’expérience et dont le lecteur n’a pas
besoin d’être persuadé « tous les hommes s’en sont témoins, chacun pour soi »
(5).

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L’auteur aborde ensuite le deuxième élément du texte, la raison. La Boétie
reconnait qu’il y a un débat sur l’innéisme de la raison, « une question
débattue à fond » (6), et fait même une référence aux sceptiques de
l’école d’Arcésilas en parlant des « académiques » (7)2.
Il prend toutefois partie en disant qu’il y a « en notre âme quelque
naturelle semence de raison » (8). Pour La Boétie la raison est innée mais
elle n’est qu’une « semence » (8), elle est inachevée, et elle
nécessite des soins et une éducation : « entretenue par bon conseil
et coutume, florit en vertu » (9). C’est à l’homme de parfaire l’œuvre de la
nature, car la raison, embryonnaire en l’enfant, ne peut recevoir ce « bon
conseil et coutume » qu’à travers les parents. Ceci vient renforcer
l’importance que La Boétie accorde à la famille et à l’obéissance parentale en
lui attribuant un rôle crucial lors du développement de la raison. Malheureusement
cette “semence” avec laquelle chaque homme naît peut, en l’absence de
« bon conseil et coutume », ou face à de mauvaises influences, non
pas fleurir en vertu comme elle le devrait mais s’étioler et
« s’avorter » (10).

Chaque homme est unique, la nature-et par extension Dieu-nous a fait tous
différents. Mais la nature a également voulu que l’homme puisse se reconnaitre
dans l’autre, en nous faisant « de même forme » (13) et « à même
moule » (13). Pour La Boétie nous sommes tous « compagnons »
(14) et même « frères » (14). Le philosophe veut réunir tous les
hommes, malgré leurs différences, dans ce point qu’ils partagent qui est celui
d’être humain et de naître avec une raison. Il concède que tous les hommes ne
naissent pas avec les mêmes prédispositions, « elle a fait quelque
avantage de son bien » (15), mais insiste que le fait que la nature ait
octroyé plus à certains qu’à la plupart des autres n’accorde en aucun cas aux
premiers le droit d’assujettir les derniers : « n’a pas envoyé
ici-bas … faibles » (18-19). L’auteur voit dans cette répartition
déséquilibrée une occasion pour la complémentarité entre les hommes, qui
permettrait de nouer des liens solides entre les plus et les moins favorisés. Si
la nature a donné aux uns la « puissance de donner aide » (21), aux autres
le « besoin d’en recevoir » (22), c’est pour unifier les hommes et
engendrer la fraternité entre eux. Face à une des injustices de ce monde,
l’auteur propose une vision utopiste dans laquelle les différences de chacun
seraient harmonisées à travers une entraide fraternelle.

 

Nous pouvons à présent considérer le troisième et dernier élément de cet
extrait, la liberté. Après avoir déclaré que la nature a voulu que les hommes
fraternisent entre eux, La Boétie propose une série d’arguments démontrant que
même différents les hommes sont semblables et égaux. Ils partagent « la
terre pour demeure » (23), la « même maison » (23), ont été
faits « à même patron » (24), ont été dotés de la même voix pour
« s’accointer et fraterniser » (26). La Boétie fait usage de
l’effet de l’accumulation, en énumérant des éléments de façon consécutive
(22-32), pour mettre l’emphase sur la conclusion à laquelle le lecteur ne peut
qu’aboutir : Il est impossible que la nature ait voulu la servitude, «
nous ayant tous mis en compagnie » (32). En effet, si les hommes étaient tous égaux,
fraternisaient et s’entraidaient, un tyran ou quelque despote n’aurait pas de
place. L’homme est donc naturellement (et La Boétie entend par cela la volonté
de Dieu) libre.

 

 

En conclusion, ce passage présente les trois éléments principaux de la
conception de la nature humaine selon La Boétie. Premièrement l’homme n’est
pas, dans sa condition originelle, tout ce qu’il doit être et a besoin, pour se
former et devenir pleinement homme de l’éducation de ses parents.  Deuxièmement l’homme est naturellement
raisonnable et sa raison est universelle. Troisièmement, et c’est également
l’élément le plus important, l’homme est naturellement libre et non assujetti.

 

 

                                                                                                                 

 

 

 

 

 

 

 

 

1   
BNF, « Discours de la servitude volontaire », sur catalogue.bnf.fr.

2 La Boétie,
Etienne, et al. Discours De La Servitude Volontaire. Gallimard, 2012, p.17.

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